CUBA- 16h- Aéroport José Marti. J'arrive après 8 heures de vol depuis Santiago du Chili.

La douanière cubaine m'inspecte sous toutes les coutures, je parle bien espagnol et cela fait 3 fois que je viens sur l'île , c'est louche ! A mon avis c'est une nouvelle, elle fait du zèle... Finalement mon adresse d'hotel bidon passe et me voici au pays de Fidel.

Avant de sortir de l'aéroport je retire de l'argent au distributeur et, oh surprise je découvre une nouvelles monnaie : le peso convetible ou "chavito" comme l'appelle les cubains. Le dollars américain ne circule plus sur l'île et a été remplacé par cette nouvelle devise (qui vaut a peu près 1 US$). En sortant de l'avion, la chaleur me prends a la gorge, il fait plus de 30 degrés et cela fait longtemps que cela ne m'était pas arrivé !

Mon amie Liset est là qui m'attend, inchangée. Elle est venue en stop jusqu'a l'aéroport et je vais vous la présenter en 2 mots. J'ai rencontré Liset la première fois il y a 5 ans dans une piscine et nous nous sommes revus l'année suivante. Nous avons fait ensemble le Carnaval de Santiago 2 années de suite, autant dire le marathon de la nuit et de la danse ! il faut une sacré condition physique je vous assure et ça crée des liens ... ! Liset est une fille très intelligente et atypique pour Cuba : 29 ans, pas mariée et pas d'enfants, un caractère bien trempé et beaucoup de joie de vivre. Elle est avide de rencontres et de découvertes, ce en quoi nous nous ressemblons beaucoup.

Nous prenons un taxi pour nous rendre dans la casa particular que Liset a trouvé dans le centre ville de La Havane (casa particular = chambre chez l'habitant, le moins cher et le plus sympa pour se loger a Cuba) . Le taxi me coute la bagatelle de 20 $, une fortune pour ce pays. La chambre est spartiate, un grand lit, un eclairage au néon, un vieux miroir cassé et un vieux ventilateur poussif pour la bagatelle de 25 US$ petit dej non compris ! Il va falloir que je m'habitue, Cuba est une destination hors de prix pour les "backpackers" comme moi.

Je remet tout mes petits cadeaux a Liset, une bonne douche et nous partons faire une ballade en ville. Le neveu de la propriétaire nous a indiqué un endroit où il y aurait un concert en plein air. Trop fort ! Ma première journée a Cuba et me voilà déjà en train de danser la salsa dans la rue ! Il y a une super ambiance. Le bonheur...
Les tenues de cubaines sont toujours aussi suprenantes la première fois : très moulantes et courtes elles sont tout le temps habillées très sexy. L'entrée du concert est de 1 peso pour Liset et 1 chavito pour moi (1 chavito = 24 pesos environ). Le système de la double monnaie est un peu compliqué au début, certaines boutiques sont en pesos cubains et d'autres en chavito ou peso convertibles. Mais on a du mal a les indentifier au debut. Les cubains pour la plupart n'ont que des pesos cubains et n'ont pas accès aux produits de consommation en pesos convertible.
Pour que vous compreniez mieux, je vais prendre un exemple. Liset, diplômée de l'université, travaille dans un service informatique et gagne 324 pesos de salaire mensuel. Cela équivaut à environ 15 pesos convertibles, autant dire rien, moins que la course en taxi de ce matin.... Ca y est, maintenant vous commencez à saisir non ?

Trotinette cubaine :

Après le concert nous sortons faire une ballade sur le Malecon (promenade en bord de mer), il est 21h et nous aimerions bien manger un morceau. Oui, mais il ne reste plus rien à manger nul part ! De manière plus générale, les rares gargottes de rue qui proposent à manger ont pleins de panneau à l'extérieur indiquant des mets qu'ils n'ont jamais ! Liset m'explique qu'en ce moment il n'y a guère que du riz et des haricots en vente dans les marchés, même les patates et le poulet sont durs a trouver... (Je vous rappelle que Cuba subit l'embargo). Finalement, nous finissons par trouver une bicoque qui nous vend une mini pizza au fromage encore congelée, pas top ! Bienvenue à Cuba !

File d'attente devant un magasin de sandwich au jambon :

En rentrant à la maison, la petite famille regarde la télé dans le salon. A mon grand étonnement c'est une chaine du câble ! Incroyable ! Ils m'expliquent qu'ils ont installé un câble pirate dans l'immeuble et tiré des câbles chez tous les voisins. Bien sûr c'est ultra illégal et lorsqu'il y a des problèmes techniques sur la ligne ils s'appellent en utilisant le terme de "niño" pour désigner le câble ! Je suis morte de rire, c'est bien de la magouille à la cubaine !

Le lendemain matin, nous quittons l'appartement a la recherche d'un petit déjeuner. On se contentera d'un sandwich au jambon dans la rue car c'est tout ce qu'il y a. En me promenant, je remarque que les cubains sont en permanence en train de réparer leurs vieilles voitures (souvent des vieilles cadillac superbes), ils fabriquent eux-même les pièces détachées qu'on ne trouve plus en vente nulle part depuis des années.


En prenant un café dans le China Town de la vieille Havane, je discute en chinois avec un restaurateur qui vient de Shanghai et qui travaille ici depuis 10 ans, c'est amusant de pratiquer mon mandarin ici (et ça faisait longtemps !). Le café dans un endroit pour touriste coûte 1 peso convertible, soit l'equivalent de 2 journées de travail de Liset ! Et la plupart des denrées alimentaires qui nous semblent basiques (pâtes, thé, café, sauce tomate, boites de conserves...) sont aussi vendu en pesos convertibles et sont donc innaccessibles à 90 % des cubains. Hallucinant non ?

A 15h, nous prenons le bus pour Santiago de Cuba. J'ai laissé mon gros sac à dos en "consigne" a la casa particular de La Havane où je dois revenir dans une semaine. Je n'avais pas spécialement prévue de retourner a Santiago de Cuba mais :

- Liset voudrait visiter sa grand-mère qui est malade
- J'en profiterai pour saluer les gens que je connait déjà et que je n'ai pas vu depuis 4 ans

Je vais bien sûr payer le billet de bus de Liset, elle ne me le demande pas explicitement mais cela va de soit puisque le billet pour Santiago représente environ 4 mois de son salaire... En contrepartie, je dormirai gratuitement chez elle et on se rend service mutuellement. De fait les cubains ne peuvent pas voyager dans leur propre pays à moins de faire du stop ou de connaitre quelqu'un qui a une voiture et de loger chez des connaissances. Il n'y a pas d'autres alternatives.

Nous voilà parties pour 15h de bus et la traversée de toute l'île ! Nous nous arrêtons en route dans une cafétéria et miracle, ils ont des légumes ! (concombre, haricots verts et avocats, c'est rarrissime). Il n'y a pas que des touristes dans notre bus et je demande a Liset qui sont ces cubains qui peuvent se payer ce trajet si cher et manger dans des endroits où l'on paie en pesos convertibles. Sa réponse est simple : soit ils ont de la famille à l'étranger qui envoie de l'argent (souvent en Espagne ou a Miami), soit ils travaillent dans le tourisme (hotellerie, restauration, chambre a louer...). Malgré tout, la moitié de notre bus est vide et cela me fait quelque chose de voir les cubains galérer sur le bord de la route avec leurs voitures pourries ou s'entasser comme des bestiaux dans des camionettes par 30 degrés et 90% d'humidité.

Avec Liset nous nous sommes mises implicitement d'accord : elle paie ce qui est en pesos cubains (transports locaux, boissons et sandwichs de rue) et moi ce qui est en pesos convertible (taxis, sorties dans les boites de nuit, nourriture spéciale...)

Vue de Santiago :

Nous sommes arrivés. Je ne suis jamais allé chez Liset donc je ne sais pas à quoi m'attendre. Un appartement guetto ? Une maison coquette ? Une cabane en bois ? En fait il s'agit d'un appartement. L'extérieur de l'immeuble ferait passer nos pires HLM pour des logements de standing ! Mais à l'intérieur ca va, pour Cuba c'est pas mal. Bon, évidemment il n'y a ni électricité ni eau à notre arrivée, mais ça aussi c'est Cuba ! Je prends donc ma première douche "à l'ancienne", c'est à dire avec de l'eau froide contenue dans de grands seaux.

Douche cubaine ...

Les parents de Liset sont absents. Sa maman a été envoyée au Venezuela par le gouvernement cubain (sans avoir trop d'autre choix que d'accepter...) et son père vit ici mais est parti pour quelques jours. La mission de sa mère devait durer quelques mois mais ils parlent maintenant de 2 ans... No es facil...

On ouvre le frigo et il y a du riz et du fromage. Liset est aussi super contente car il y a des pomme de terre... J'ai remarqué qu'il n'y a quasiment aucun laitages ni viande rouge dans ce pays. Il n'y a pas de vaches ou quoi ? En fait il en existe mais elles sont réservées à l'industrie touristique. Le frère de Liset m'explique que quelqu'un qui tue une vache a Cuba prends 6 ans de prison ferme !

Le quartier de Liset est bien cubain, un peu en dehors de la ville, pas un touriste en vue. Nous prenons la "wawa" ou "camioneta" pour aller rendre visite à ses grands-parents. (La camioneta = un camion où tous les passagers se tiennent debout à l'arrière, c'est le transport en commun le plus abordable a Cuba).

La wawa :

Le grand-père de Liset est un ancien paysan pauvre qui a vu sa condition s'améliorer après la Révolution. Du coup, il est assez pro-Castro et les discussions sont assez animées avec Liset ! Il nous soutient même que les ouragans sont la fautes des américains qui n'ont pas voulu signer les accords de Kyoto ! C'est comique ! La grand-mère a préparé du riz avec des haricots rouges et nous offre le déjeuner. Des étrangers viennent sonner à la porte toutes les 5 mn, je m'enquère de ce manège : c'est que les grands-parents vendent du café et des cigares au noir pour se faire un peu d'argent ! Les gens viennent donc déguster leur tasse de café devant la porte et repartent ! Il n'y a pas de petits profits et tout est bon pour améliorer son quotidien.

Ma deuxième visite de la journée fut pour Myriam et Julito, la famille chez qui j'ai logé lors de mon 2ème séjour sur l'île. Cela fait 4 ans que nous ne nous sommes vus mais Julio me reconnait de suite. Quelle joie de se revoir ! Toute la famille est là, au complet, j'ai vraiment de la chance car je n'ai prévenu personne de mon arrivée. Ils me demandent tous ce que je fais ici mais expliquer mon voyage aux cubains n'est pas quelquechose qui m'est facile car je sais que presque aucun d'entre eux ne peux sortir du pays... Quand je le peux, je ne dis donc rien, ce n'est pas la peine de créer des frustrations et de remuer le couteau dans la plaie.
Après avoir passé 2 bonnes heures chez Myriam, nous repartons à pieds chez Liset. Sur le chemin, je m'arrète acheter un paquet de spaggheti et un pot de sauce tomate dans la boutique en devises. Ce soir c'est festin ! Sur la route, on passe devant le marché. Nous passons voir ce qu'il se vend aujourd'hui : il y a 3 stands, un stand d'ail, un stand de riz et un stand de goyaves. C'est tout. Nous demandons quelques goyaves pour le petit déjeuner et le gars nous répond "pas avant 14h !". Pourtant les fruits sont bien là, sous nos yeux, mais c'est comme ça, il n'a pas le droit de les vendre avant 14h... Ce pays est dingue...

Dans la cuisine :

Après notre super repas de spaghetti, nous sortons prendre un Mojito dans le centre avec un allemand bien sympa, Jörg, qui était dans le même bus que nous pour venir. Comme Liset habite loin, nous faisons du "moto-stop" pour aller dans le centre. Le principe est simple : on arrête la première moto qui passe pour qu'elle nous amène où l'on veut. Ce sont des particuliers qui s'arrètent et en général c'est assez facile car aucun cubain ne refuserait de se faire quelques pesos. C'est un moyen de locomotion très utilisé ici et évidemment très économique , la course course coûte 10 pesos (0.4 $). Bon, bien sûr pas de casque, il fait 30 degres ici et les cubains conduisent presque torse nus ! Je dois faire gaffe à ne pas me faire gauler car les cubains n'ont en prinicipe pas le droit de "transporter" des touristes (supposés prendre des taxis officiels). Le moto taxi peut prendre une amende assez importante mais aucun n'a jamais refusé de me prendre en charge.

Nous retrouvons Jörg sur la place et passons une bonne soirée ensemble. Entre 2 verres se dessine l'idée d'aller faire une rando ensemble le lendemain. Liset connait un endroit très beau mais il faut se lever de bonne heure pour éviter les grosses chaleur de midi. Il y en a pour environ 6 heures de marche. Marché conclu ! Liset connait un copain de son frère qui peut nous emmener au départ de la rando et nous ramener moyennant finance. Il habite "pas loin" dit-elle... Nous voici partis pour ... 20mn de marche dans Santiago pour aller trouver le gars (peu de gens ont le téléphone a Cuba). Finalement, on se met d'accord avec le chauffeur pour qu'il vienne nous chercher à 6h30 le lendemain matin.

Le lendemain, malgré une nuit mouvementé (le ventilateur fait un boucan d'enfer et Liset m'a réveillé a 4h du mat´ par erreur..), je me réveille à 5h30 du matin , fraiche et dispo. Il fait beau ça va ètre une super journée. Le pote de Liset passe nous prendre (à l'heure, incroyable !). Sa voiture est tellement vieille que ça sent l'essence même à l'intérieur... Pendant qu'on roule, la vitre du passager avant tombe brutalement dans la portière, "je suis en train de la réparer" nous dit-il ! Ca promet ...
Nous sommes censés aller chercher Jörg a son hotel mais au lieu de cela, la voiture s'arrête devant un autre hotel et charge 2 touristes avec leurs valises ! "J'en ai pas pour longtemps" nous explique le chauffeur. Je n'y crois pas ! Il a 2 courses en même temps ! Après avoir donc déposé ces 2 là à la gare, nous repartons dans le centre récupérer Jörg , avec 30 mn de retard cette fois !

La voiture quitte la ville et nous voici rapidement en pleine verdure. C'est très beau. Santiago se trouve dans la province de l'Oriente, la plus humide et la plus tropicale. La végétation y est luxuriante. J'ai hâte de sortir de cette vieille carlingue car l'odeur d'essence le ventre vide commence a me donner la nausée. Après 40mn de trajet, nous voici au pieds de la montagne. La voiture nous récuperera dans 6 heures au mème endroit.

Notre ascension a duré au total 3h30 avec un dénivelé de 1000 m tout de même ! C'est raide...
La route est bordée de goyaviers sauvages et nous faisons une cueillette fructueuse !

La cueillette de goyave :

Et voilà !

Nous n'avons pas rencontré grand monde sur la route, les seules personnes à pieds sont les paysans les plus pauvres, les autres montent en camionette ou en bus pour admirer la vue tout en haut. Les gens nous prennent pour des dingues !
Au fur et a mesure que l'on monte, la mer apparait de part et d'autre. On pourrait presque distinguer la Jamaïque toute proche. A partir de 10h, le soleil commence a cogner dur, heureusement que nous sommes partis tôt ! Sur la route, nous passons a côté d'une école minuscule, il y a 5 élèves !

A l'école :

Nous sommes arrivées au sommet de la Gran Piedra vers 11h30. Nous déjeunons au dessus des nuages, en dessous de nous, la jungle et la mer. La descente, que nous pensions être une formalité a été en fait la partie la plus fatiguante : avec la chaleur et le frottement je me suis faite 2 belles ampoules et en arrivant en bas, on était tous les 3 biens lessivés !

Pendant la ballade :

Pas question d'aller danser ce soir avec des pieds dans cet état, du coup ce soir là nous avons regardé la télé. Au programme : journal télévisé (traitement de l'information tout à fait particulier ...), telenovela cubaine (!), émission sur les catastrophes naturelles (en insistant bien sur les lacunes d'organisation des autres pays en particulier bien sûr les Etats Unis...). C'est intéressant à regarder la télé cubaine ! ...
Les commentaires des journalistes font en permanence référence à la révolution, à la gloire de Fidel, où au courage de des habitants face à l'embargo. Et ce, quel que soit le sujet ! Tout est en permanence ramené à Cuba. La TV montre aussi beaucoup ses athlètes (fierté nationale) et s'efforce de montrer les côtés positifs du régime (l'education notamment) tout en soutenant que les problèmes sont la cause de l"impérialisme américain". Bref, c'est une bonne propagande.
Liset qui a accès par son travail a internet (cas rarrissime), a donc accès a d'autres sources d'informations et elle ne supporte pas ce "bourrage de crâne".

Presse cubaine, sujets d'actualités non ? !

En rentrant de notre petite rando, Liset a découvert dans le frigo (despérement vide...) du poisson ! C'est la fête ! Elle m'explique que son frère ou sa voisine ont dù aller le chercher au marché avec la "tarjeta". Chaque cubain possède une "tarjeta" (carte de ravitaillement) qui lui donne droit mensuellement à une ration de sucre, sel, farine, poulet, poisson, essence riz, haricots. Les quantités sont limités bien sûr. Le problème c'est qu'il n'y a un arrivage de poisson ou de poulet que 1 ou 2 fois par mois... Il ne faut pas rater le coche ! Il n'y a pas d'annonce officielle, mais très rapidement toute la ville est au courant si une livraison a eu lieu. Bien entendu ce sont des choses que l'on ne peut pas savoir si on ne vit pas chez des cubains et comme eux. D'ailleurs le régime ne tiens pas à ce que les touristes voient ce côté là de la médaille... Dans les hotels les touristes ont toujours de quoi manger: poissons, crevettes, poulet et même boeuf ou homards sont disponibles en permanence. Pas de pénurie pour celui qui paye en dollars !
En attendant moi ce matin je me suis contentée d'un jus de citron et d'un thé pour le petit dèj. Le vendeur de pain n'est pas passé et de toute façon il n'y a pas de beurre. No es facil ! ... Heureusement il me reste dans mon sac 2 goyaves de la ballade d'hier, ça fera l'affaire.

L'eau courante n'est toujours pas revenue dans l'immeuble, mais je commence à prendre mes petites habitudes : faire chauffer de l'eau sur le gaz puis la mélanger à l'eau froide de stockage dans une bassine pour obtenir une eau tiède et se "doucher" avec le seau et une écuelle. C'est roots ... Le papier toilette vient a manquer quelquefois il y a donc toujours un stock de journaux à proximité. L'éclairage de la salle de bain avec son néon ouvert avec fils électriques apparents me fait un peu flipper mais bon c'est comme ça dans toute la maison ! Dans la chambre, le néon est carrément posé à même la table de chevet !
La vie quotidienne des cubains n'est pas facile, ce n'est rien de le dire, mais malgré l'inconfort, la saleté, les pénuries en tout genres, je suis contente de pouvoir vivre cela "de l'intérieur", sans traitement de faveur. Je vous assure qu'on relativise beaucoup de choses après et qu'on réfléchit à 2 fois avant de se plaindre.

Nous sommes aujourd'hui le 13 octobre. Voici 4 mois que je suis partie.
Certaines personnes m'ont demandé via le blog ou par e.mail, si j'avais changé et quel était mon état d'esprit après 4 mois de voyage. Il est clair que je ne me sens pas "en vacances" dans le sens où je n'ai pas la contrainte du temps et que je reste plus longtemps dans les endroits où je passse que les toursistes "normaux". Le Voyage est devenu mon mode de vie, fait d'imprévus , de galères parfois, de rencontres et d'au-revoirs presque quotidiens, et le sac est ma maison ! Je ne crois pas avoir changée, non, j'étais déjà bien allumée avant de partir ! Surtout, je crois ne pas avoir perdu ma curiosité et ma capacité d'émerveillement, et j'espère que cela durera car c'est ce que j'ai de plus précieux. J'ai rencontré des voyageurs qui, après 6-8 mois de bourlingue étaient devenus blasés de ce qu'ils voyaient, j'espère que cela ne m'arrivera jamais, et dans ce cas là il vaut mieux rentrer non ?

Bon, revenons a Cuba.
Aujourd'hui il fait beau et j'ai envie de me baigner quelquepart. La plage est loin de la ville, je vais donc essayer de m'incruster à la piscine d'un hotel. Liset va voir sa grand-mère, nous nous retrouversons ce soir. Malgré le prix exorbitant demandé pour profiter de la piscine, je m'installe sur un transat en espérant pouvoir passer inaperçue parmis les clients de l'hotel. J'ai bien cru que cela allait marcher car pendant une heure personne n'est venu me demander quoi que ce soit. Malheureusement je ne dois pas avoir le profil des clients d'un hotel 5 étoiles car j'ai finit par me faire repérer ! Bon, c'est pas grave, c'était bien tenté !

Le contraste entre la misère des cubains et l'opulence de cet hotel est saisissant. Les clients, tous étrangers, consomment des cocktails au bar qui représentent des mois de salaires cubains ! Mais je pense qu'aucun n'en a conscience. A côté de moi, une dame lit son guide touristique sur Cuba. Depuis qu'elle est arrivée , est-elle déjà sortie de cet hotel de luxe, confortable et protecteur ? A-t-elle la moindre idée de ce qu'est vraiment Cuba ? Comme beaucoup (et ce n'est pas une critique mais un constat), je pense qu'elle repartira en gardant comme image les palmiers, les bons cocktails au rhum, la salsa, le beau professeur qui va avec et les plages de sable blanc. Ca tombe bien, c'est l'image que Fidel veut donner de son pays...

La face dorée de Cuba :

Liset n'a pas le droit de me loger chez elle car il faut une autorisation spéciale pour accueillir des étrangers chez soi à Cuba. Du coup ça jase un peu dans son quartier... mais je prétends être étudiante a Cuba dans l'université où elle travaille , en tant que "résidente a Cuba" ma présence passe mieux, apparement ça va, il n'y aura pas de "fuites".

Ce soir nous retrouvons Jörg à son hotel pour prendre un verre avant de sortir. La bouteille de rhum est sur la table lorsque nous arrivons, la soirée commence bien...

Havana Club, la boisson nationale cubaine !

Nous démarrons la soirée à la Casa de la Trova, une institution de la salsa à Santiago. Un groupe joue et je commence à faire connaissance avec les danseurs quand soudain, après une ou deux danses qui vois-je entrer ? Joannis, un des meilleurs danseurs de tout Santiago. Je l'ai connu lors de mes premiers séjours ici et c'est vraiment un dieu de la danse. Heureusement que j'ai fait des progrès depuis car il m'a de suite invité à danser, je pense que ça ne devait pas être si mal puisqu'il est revenu me chercher après ! Le problème avec ces gars là c'est que très rapidement toute la salle a les yeux sur vous, alors il vaut mieux assurer un minimum... Danser la salsa a Cuba est un plaisir indescriptible. C'est un bonheur de se laisser guider par de si bons partenaires, improviser sur les rythmes afros et alterner salsa "timba" y "suave". Evidemment nous avons fait une "rueda" (les salseros comprendront), la première depuis que je suis partie ! Le top.

Liset, Jörg et moi :

La Casa de la Trova ferme tôt (vers 1h du matin), nous errons dans les rues à la recherche d'un autre endroit où danser. Nous sommes jeudi soir et il n'y a pas grand chose d'ouvert. Nous étions sur le point de renoncer quand j'entends de la musique sortir d'un café. Il n'y a pas de clients mais c'est ouvert. Vamos !
Le serveur nous sert nos mojitos et Liset et moi commençons à danser bien décidées a faire la fête. Le serveur, un grand black bien costaud vient nous rejoindre et commence à danser avec nous. On essaie d'enseigner les pas de base à Jörg , quelle rigolade ! Carlos le serveur, essaie de m'apprendre à danser le "vrai" merengue, avec relachement du dos et de la tête (pas du tout comme on le danse en France !), je n'y arrive pas du tout et c'est pas triste !

Les 2 comparses !

Vers 2h30, Carlos décide de fermer le bar mais au lieu de nous mettre à la porte, il nous offre un verre et on continue à faire la fiesta à l'intérieur ! C'est une soirée privée à présent ! Salsa, Raggeaton, Merengue, Batchata, on a tout dansé je crois ! La soirée s'est terminée à 4h30 du matin (et encore, parceque Liset devait se lever tôt sinon on y seraient encore). C'était vraiment une soirée incroyable. Carlos nous a raccompagnées chez Liset dans sa vieille Cadillac des années 50. Demain il ne travaille pas, on se donne RDV à 11h pour prendre un café ensemble.

La journée du lendemain a été un peu dure, comme le sont les lendemains de fêtes... Il pleut et nous passons l'essentiel de la journée à jouer aux cartes. C'est ma dernière journée à Santiago car Jörg m'a convaincue de venir avec lui à Baracoa, un village situé à 4 heures d'ici. Après tout je n'ai rien de prévu alors pourquoi pas ? Je pense y rester 2 jours puis repartir a La Havane. Liset quand à elle reste à Santiago une semaine de plus.
A midi nous allons déjeuner dans un resto "pour touristes". C'est mon premier "vrai" repas depuis 5 jours ! Cela me permet aussi d'offrir à Liset un bon steak dont elle se régale car elle n'en mange pour ainsi dire jamais.

Pour notre dernière soirée, nous allons au Tikrit, un endroit que plusieurs fondus de salsa nous ont recommandés. L'endroit est très beau : un patio a l'air libre et le groupe qui joue est vraiment bon. Je retrouve Yoannis, qui a décidé que j'étais sa partenaire de la soirée et qui m´épuise ! (les morceaux en live durent au moins un quart d'heure chacun et le rythme est super soutenu). Ce gars là a un niveau incomparable au mien si bien que j'apprends beaucoup à son contact. La première fois que j'ai mis les pieds à Cuba il y a 5 ans, je ne savais pas du tout danser, alors aujourd'hui je suis vraiment contente lorsque les cubains me félicitent sur mon style. Si vous n'avez jamais essayé la salsa, lançez-vous ! C'est le meilleur antidépresseur que je connaisse et en plus vous vous ferez des amis !
En tout cas j'ai finit la soirée en nage alors que Yoannis lui était frais comme un gardon ! Il danse tout les jours lui, c'est pas juste !

Yoannis et moi entre 2 danses !

Samedi 15 octobre, 6h du matin. Le réveil sonne et je me prépare pour partir. Je ne sais pas quand je reverrai mon amie Liset, j'espère qu'elle arrivera à sortir de l'île comme elle le souhaite, elle aimerait tant voyager comme moi ... Je suis heureuse que notre complicité soit toujours intacte après 5 ans. Nous nous embrassons une dernière fois, sous la pluie, tandis que Jörg charge mon sac dans le taxi. La voiture s'éloigne et Liset aussi. Adios amiga, mucha suerte y que te vaya bien !

Je suis contente de partir à Baracoa avec Jörg car on voyage pareil lui et moi : à l'aventure. On a le même âge et c'est intéressant d'avoir son point de vue sur Cuba car il a vécu en Allemagne de l'Est jusqu'à ses 17 ans et la chute du mur de Berlin.
La route est magnifique (jungle à droite, mer à gauche) et 4 heures plus tard nous voici arrivés.
Baracoa est une petite bourgade bien paisible en bord de mer entourée de savane et de montagnes. Nous trouvons un logement sympa chez l'habitant : presque un petit appartement privatif au fond d'un jardin. Je retrouve avec plaisir un peu de confort après mes 5 jours "à la cubaine" chez Liset : eau courante, électricité, propreté, espace... La propriétaire nous cuisine ce soir un poisson au lait de coco, une spécialité d'ici. Hummm !

"Coiffeur des champs" à Baracoa :


Dans l'après midi nous sommes allés squatter le bar et la piscine d'un bel hotel sur les hauteurs de la ville. Il n'y a aucun clients ! Je n'avais pas pris mon maillot de bain avec moi mais vu qu'il n'y avait personne , j'ai plongé dans l'eau en sous-vêtements ! Jörg idem. Je crois que le personnel de l'hotel ne s'est aperçu de rien, heureusement car franchement cela ne se fait pas et je crois qu'ils nous auraient foutus dehors ! Ce soir là nous nous sommes allongés pour une petite sieste avant de sortir faire la fête et nous nous sommes réveillés ... à 7h le lendemain matin ! Nous devions être vraiment claqués !

La journée qui devait suivre cette longue nuit de 12 heures allait s'avérer être une des plus "riche" , humainement parlant, de mon voyage:

Nous avons loué un scooter pour la journée et sommes partis dans la campagne cubaine avec comme objectif le fleuve Yumuri a 30 km d'ici. Nous croisons sur notre chemin des hommes machette au poing, partis couper la palme ou la canne à sucre, des paysans qui portent des bananes ou des troncs d'arbre à même le dos, des femmes avec des volailles vivantes sous le bras, certains sont pieds nus.
Les slogans de propagande révolutionnaires sont encore plus nombreux ici qu'en ville, tout les 500m il y a un portrait ou un message politique, c'est dingue !

Une des innombrables fresques de propagande :

Après une dizaine de km, nous nous arrêtons pour aller voir la mer. Au bout du chemin en terre, une vieille bicoque en bois et toit de paille, un cochon et quelques poules, une famille vit ici. Je demande la permission de passer à la maitresse de maison qui accepte dans un grand sourire. Bientôt la grand-mère arrive et me propose de goûter aux raisins acides qui poussent dans les arbres autour de la maison. Je goûte, ce n'est pas mauvais. Les enfants arrivent, 3 au total, tee-shirts troués, sans chaussures, c'est la campagne et les gens sont très pauvres ici. Jörg a emmené avec lui pleins de stylos et c'est vraiment une bonne idée car ils en ont besoin pour l'école. Nous en offrons un a chaque enfant et aussi pour les adultes. La maman est tellement contente ! Voilà qu'ils installent 2 chaises dehors et commencent à couper des amandes pour nous ! Je vous dis pas la taille de la machette pour couper l'écorce des amandes ! (photo ci-dessous)


La mamie est adorable, elle m'offre une orange tout en testant son tout nouveau stylo bille. Ils portent sur eux les seuls vêtements qu'ils ont je pense, bien troués et abîmés. La dégustation d'amandes terminée, nous prenons congé après de grandes embrassades.

Nous parcourons encore une quinzaine de km avec notre 2 roues, le paysage est de plus en plus sauvage et rural, on croise des taureaux et des chèvres sur la route. Nous bifurquons au niveau d'un panneau indiquant un plage de sable blanc (toutes les plages dans cette région sont de sable noir). Sitôt arrivés, les deux ou trois familles qui vivent ici nous entourent. Ils sont pêcheurs et nous proposent de rester dîner chez eux. Bien sûr c'est illégal mais il faut bien vivre ... Nous ne sommes pas décidés sur le repas mais en attendant nous acceptons leur proposition de venir visiter les plantations de cacao et de café. Avez-vous déjà vu à quoi ressemble le fruit du cacaotier ? Jaune, de la taille d'une main, on le coupe en deux et à l'intérieur se trouvent les graines dont on fait le chocolat, entourées d'une pulpe blanche dont se régalent les enfants ici. Les graines sont nettoyées, séchées au soleil puis transformées en pâte de cacao pur.

Le Cacao :

Dania, jeune mère de famille (elle a mon âge) me demande discrètement si je n'aurai pas quelques vêtements à lui laisser pour sa famille. Malheureusement je n'ai pas amené de "rab" mais je lui promet qu'on mangera chez elle ce soir, ce qui lui fera de l'argent. Dania a trois enfants dont une petite fille de 9 ans très éveillée et curieuse. Lorsque Jörg a sorti ses stylos, elle a bondi sans hésiter sur le plus joli, celui avec un capuchon plein d'animaux. Elle l'accroche fièrement à son debardeur et gare à qui voudrait y toucher ! je ne peux m'empêcher de l'imaginer lundi matin à l'école avec son stylo tout neuf !

Ils sont tous convaincus que Jörg et moi sommes un couple. Diana vient vers moi et me donne une graine noir en me disant qu'elle me portera chance en amour et m'apportera beaucoup d'enfants ! Je la remercie en mettant la graine dans mon sac, on ne sait jamais, si ça marche ... !
Nous revenons de la plantation de café vers 12h30 et promettons de repasser par chez eux dans 2 heures pour manger. Aroldo, le mari de Dania, a pêché une langouste hier et je met une option dessus. Le prix demandé est ridicule (6 Euros) et c'est la première fois que j'ai l'occasion d'en manger. Jörg lui, choisit le poisson (ils sont bizarres ces allemands !) . Accord conclu, nous reprenons notre route.

Le fleuve Yumuri est à peine a 4 km et nous y parvenons assez rapidement. Au bord du fleuve, une espèce de cafétéria avec quelques mecs qui zonent, je n'ai pas envie de m'arrêter là et je fais signe à Jörg de continuer la route qui monte sur une colline surplombant le fleuve. La pente est raide et je descends du scooter pour alléger la machine. En haut de la bute, une cabane en bois. Une jeune fille édentée m'aborde et me propose une tasse de chocolat chaud. J'accepte volontiers tout en m'installant sur une pierre pour admirer le fleuve. Avec les pluies récentes, le fleuve a prit la couleur de la terre (orange) et le débit est très elevé.
La jeune fille sans dents revient bientôt, accompagnée d'une amie qui s'appelle Tereza et d'un grand seau. Elles m'expliquent qu'elles travaillent dans les plantations de café et que le dimanche elles lavent les grains de café ramassés durant la semaine. Je les regarde faire quelques minutes puis me joint à elles tout en discutant. Le travail est simple : enlever la peau détrempée qui entoure la graine de café (encore blanche à cette étape). On jette la peau hors du seau et on garde la graine. Salaire : 3 seaux de café = 20 pesos cubains (moins d'1 Euro). Un travail de misère.

Tereza :

Tout en nettoyant le café, Tereza m'explique sa vie : elles sont 3 femmes à vivre dans cette "maison", dont 2 mères célibataires. Elles se sont retrouvées enceintes très jeunes et le père est parti avant la naissance (c'est très courant à la campagne me dit-elle). Elles travaillent de 5h du matin à 17h dans la plantation et ce, 3 mois seulement dans l'année (septembre, octobre et novembre). Le reste du temps il n'y a rien à faire. Heureusement les hommes eux vont à la pêche tous les jours. Tereza m'explique qu'ils ont toujours de quoi manger mais que ce qui leur manque ce sont des vêtements, des chaussures, des objets du quotidien car ils n'ont pas de quoi les acheter. Par exemple ils achètent 1/2 savon tous les 3 mois pour se laver ! Pour laver les vêtements, ils fabriquent eux-mêmes leur propre savon, à base de coco et d'un produit détergent corrosif. Idem pour les crèmes antimoustiques qu'elles font elles-mêmes à base de pâte de cacao. Tereza me parle sans se plaindre ni mendier quoi que ce soit, elle m'explique un peu son quotidien et bien sûr si j''ai quelques affaires à lui laisser elle est preneuse mais sans plus.
Le fait que je trie le café avec elles les amuse beaucoup : "ne dis pas à tes amis qu'on t'a fait travailler sinon ils ne voudront jamais venir nous visiter !" me disent-elles en riant.


Je suis restée environ une heure avec ces 3 femmes adorables. Je vois bien, à leurs vêtements et à leur maison que leur vie est vraiment dure. C'est la misère. Mais malgré cet immense décalage entre nous, nous avons ri et passé un moment de partage agréable. Elles ne voient quasiement aucuns touristes passer par ici et sûrement que c'était pour elles aussi "exotique" que pour moi. Au moment de prendre congé, je glisse un billet de 3 US$ dans la main de Tereza qui me remercie d'un sourire. Ce n'est pas grand chose mais cela représente tout de même l'équivalent de 10 seaux de café pour elle, ce qui est énorme.
Nous nous sommes embrassés et elles m'ont laissé leur adresse. Je sais que je ne les reverrai sûrement pas mais je n'oublierai jamais ce moment très fort que j'ai passé avec elles.

Sur la route du retour, nous faisons une halte sur une grande plage de sable noir. J'ai l'impression que les photos ne rendent rien mais le sable est vraiment gris foncé et c'est assez surprenant. Vers 14h30, nous voici de nouveau chez Dania et Aroldo. Tous les deux s'affairent dans la cuisine. Curieuse, je demande si je peux venir voir et là, j'ai eu un choc : jamais de toute ma vie je n'ai vu une langouste aussi énorme. Elle déborde de la poële tellement elle est grande ! Cuite au feu de bois... humm ! Et tout ça rien que pour moi !


Dania nous a préparé aussi du riz, des bananes plantains frites et un jus d'orange frais. Aroldo est très fier que je mange ma première langouste chez lui. Rien que la queue devait faire au moins 40 cm ! Nous nous sommes régalés de ce repas dans cette cabane, autour de cette minuscule table. Quel contraste pour moi entre le "luxe" de la langouste et l'environnement dans lequel je le déguste ! Mais je crois que eux mangent plus souvent de la langosta que de la viande...
Quand j'ai eu terminé, je me suis levée et ai découvert avec horreur que le "plafond" était couvert de toiles d'araignées et que j'avais mangé juste en dessous d'une d'entre elles ! J'ai commencé à inspecter discrètement tout le toit de paille pour me placer juste en dessous du seul coin où il n'y avait pas de monstres. Je n'ai rien dit à personne et je n'ai plus bougé de cette place !

Jörg est chirurgien et son métier impressionne toute la famille, la seule qui porte un peu d'intérêt à ma profession est la petite malicieuse de 9 ans qui prends ma "défense" en disant que "le commerce aussi c'est très bien !". Elle nous a bien fait rire ! Elle veut travailler plus tard comme vendeuse dans un magasin en devises, elle a oublié d'être bête celle-là...


Pendant que Jörg prend un bain de mer avec les enfants, je reste à l'intérieur discuter avec Dania. Elle est allé à l'école jusqu'à 16 ans puis s'est mariée et a fait ses 3 enfants. Aujourd'hui elle reste à la maison et essaie de vivre du tourisme. Je crois que sa maison est mentionnée dans le Guide du Routard ce qui lui apporte un peu de visiteurs. Elle me demande si je peux l'aider à acheter une couverture en ville pour ses enfants. Je n'ai pas le temps d'aller en ville avec elle mais vu le prix de notre repas, je peux bien lui laisser une petite somme symbolique en plus. Vers 16h, je récupère mon casque sur la tête d'un des petits et commence la tournée des bisous. Si un jour vous allez a Baracoa, arrêtez-vous manger un homard géant chez eux, playa Manglito sur la route de Yumuri, vous ne serez pas déçus !

Les enfants de Diana sur la plage :



Nous enfourchons une dernière fois notre scooter quatre étoiles pour rentrer à Baracoa. Quelle journée fantastique ! La location nous a coûté un peu cher mais cela valait vraiment la peine. Ce soir, c'est "Cuba Libre Party" sur le perron de notre chambre, suivi d'un petit tour dans la boite de nuit locale. Si je vous dis qu'il y a eu une coupure d'électricité dans la boite vous ne serez pas surpris, vous commencez un peu a comprendre le pays, non ?! La population de la boite est assez jeune et les Raggeaton sont endiablés (Raggeaton = mélange de ragga -salsa, musique ultra populaire dans toute l'Amérique Latine) . Moi j'essaie de le danser du mieux que je le peux mais Jörg lui regarde, médusé, les cubaines en plein "tembleque" ultra chauds et les couples aux déhanchés plus que suggestifs, j'ai bien cru qu'il allait avoir une attaque mon allemand ! Les cubains ont la danse dans la peau c'est sûr, la première fois ça fait un choc...

Lundi 17 octobre. Il pleut des cordes. Je quitte Baracoa aujourd'hui tandis que Jörg reste un jour de plus. Ma première mission de la journée : aller à la banque retirer de l'argent avec ma carte. Mauvaise nouvelle : à cause du mauvais temps les lignes téléphoniques sont coupées et on ne peut pas retirer avec la carte. Heureusement que j'ai pensé à prendre mes travellers chèques avec moi ! Je les ait acheté exactement pour ce type de situation d'urgence. Mon bus est a 14h15. Je prépare mes affaires et Jörg m'invite gracieusement à déjeuner dans un Paladar (resto tenu par des particuliers). Chouette ! C'est une vrai gentleman avec beaucoup d'humour et j'ai beaucoup apprécié ces 3 jours à ses côtés. Il travaillera en Suisse lorsque je rentrerai, j'espère que nous nous reverrons. Il essaie vainement de me convaincre de rester un jour de plus a Baracoa mais je veux me rendre le plus rapidement possible au Mexique et au Guatemala pour profiter pleinement de ces pays avant de retrouver ma maman au Costa Rica le 1er décembre. Pour ce faire, je dois d'abord retourner à la Havane.
Jörg m'accompagne jusqu'à la gare routière en "bicy-taxi" puis me souhaite bonne chance pour la suite en me remettant un petit cadeau. Hasta la vista amigo !

Entre les soucis de la cartes à la banque et les problèmes de transports que j'ai eu, ce lundi aurait dû être une journée super galère qui finalement ne s'est pas si mal passé. Après une heure de bus environ, sous une pluie battante et sur une route de montagne, voici que les véhiculent devant nous s'immobilisent. Il y a eu un glissement de terrain, la moitié de la route est recouverte de terre, roches et arbres. Comme si cela ne suffisait pas, un camion et une voiture se sont rentrés dedans au même endroit et le camion ne démarre plus...
Mon bus est censé arriver à Santiago à 19h et j'ai une correspondance pour La Havance a 22h. J'ai donc 3 heures de battement, cela devrait aller, mais vu l'organisation cubaine, je sens qu'on est plantés ici pour des heures ! En effet, le temps que la pelleteuse arrive pour déblayer la route, que la police arrive pour constater l'accident, que l'on trouve un moyen de tracter le camion pour dégager le passage, tout cela a pris ... plus de 3 heures ! J'avais déjà fais une croix sur mon bus pour la Havane et m'apprêtai à passer une nuit de plus à Santiago. Mala suerte ... Nous sommes finalement arrivés a 22h15 à Santiago et, oh miracle ! Le bus pour La Havane nous attendait ! Quel bol ! Je suis passé d'un bus à l'autre, contente que tout se déroule finalement comme prévu. Dans 15 heures je serais à La Havane. En attendant il faut essayer de dormir avec la climatisation qui fonctionne à fond (même avec ma polaire j'ai froid!) sans parler de l'odeur de toilettes qui remonte du fond du bus...

Demain j'espère pouvoir avancer la date de mon billet d'avion et récuperer mes affaires là où je les ait laissé il y a 10 jours.

(Vous énervez pas c'est pas moi qu'il l'ai faite celle-là ! C'est une carte postale !)

Ma dernière journée à Cuba a été parfaite : j'ai pu changer la date de mon billet sans problème, mes affaires sont toujours là et la chambre est libre. Je pensais passer l'àprès-midi à bouquiner tranquille et puis je me suis dit que je ne pouvais pas partir de ce pays sans danser une dernière fois. La Casa de la Musica donne des concerts dans l'après midi entre 17h et 20h. L'ambiance y est généralement plus authentique que le soir car les billets sont plus abordables et il y a donc plus de cubains. Dans la "casa particular" où je loge, habite aussi Rolando le neveu de la propriétaire. Il a 29 ans et on a bien sympathisé. Je le convainc de venir avec moi danser et il accepte avec joie car il n'y est encore jamais allé. Nous voici donc à 17h en train de danser comme des dingues sur les rythmes endiablés du groupe du jour "Eddy y su swing". (le week-end suivant c'est Van Van, je suis verte ...). Les chansons live durent au moins 15 mn chacunes avec beaucoup d'improvisation comme toujours ici. 15 musiciens sur scène et un public mi touristes-mi cubains. En tout cas, beaucoup de bons danseurs et c'était top !
En sortant vers 20h, Rolando m'emmène manger la pizza la meilleur et la moins chère de la ville dans un resto... chinois ! Le resto ne désemplit pas, c'est vraiment une bonne adresse connue des locaux. Il faut dire que la pizza pour 2 est à 2.5 euros ce qui est abordable pour la plupart, et de plus il y autre chose que du fromage comme garniture, ce qui est exceptionnel !

La Havane :

Je fais un dernier tour, de nuit, dans les rues de la vieille Havane, je croise le marchand d'oeufs, la musique résonne à tout les coins de rue, demain je serai a Cancun sur la côte mexicaine. Adios Cuba, hasta la proxima !

CUBA POUR MOI :

- Une chanson : "La vida es un Carnaval " de Celia Cruz
- Un souvenir fort : Le nettoyage du café avec les cubaines
- Un plat : la langouste géante de Playa Manglito
- Une fiesta : celle avec Jörg, Liset et Carlos au Cafécito- Santiago.
- Une personne : Liset bien sûr.
- Une expérience : la vida "a la cubana" chez Liset ... !

Le cyclone Wilma est passé sur le Yucatan sans me toucher, mais il y avait de l'ambiance ici je vous raconterai tout cela très bientôt ... !

Besos grandes,