D'abord, le passage de l'Argentine au Chili: une route incroyable.
J'ai quitté Mendoza en Argentine le dimanche 2 octobre a 9h du matin. Le gros sac en soute et le petit avec moi. La route que nous empruntons est spectaculaire : très rapidement nous nous retrouvons en pleine montagne, il faut en effet traverser la Cordillère !
J'ai un bon livre dans les mains mais franchement je n'arrive pas à décoller mon regard du paysage qui s'offre à moi , c'est la fin de l'hiver ici et la montagne est a demi denudée si je puis dire, moitié neige-moitié roches. Nous sommes montés de plus de 4000m et il fait bien frisquet là-haut.

Comment ca, on roule au milieu de la route ?

Après quelque heures de route nous passons devant les stations de ski (He oui , on peut skier de Juin a octobre ici !) et arrivons enfin au poste frontière. A chaque fois, c'est la même galère pour entrer au Chili : fouille des sacs pour traquer le moindre petit végétal ou fruit qui aurait le malheur de passer la frontière, 4 fonctionnaires qui font le travail d'un seul... bref, ca prends des plombes ! Mais bon, j'ai appris la patience chez les chinois, et puis je ne suis pas pressée...

Une fois le tampon de la douane apposé et la securité sanitaire passée,me voici au Chili. Il commence à neiger et a pleuvoir ,on ne voit plus rien et je préfère ne pas regarder la route... je me replonge dans mon bouquin.

En arrivant a Valparaiso je me rends compte que :
1- Je n'ai pas de pesos chiliens en poche
2- Nous sommes dimanche et que toutes bureaux de change seront fermés à la gare
3- Qu'aucun taxis n'acceptera des pesos argentins
4- En plus il pleut des cordes !
Bon, c'est mal parti...

J'ai eu un peu de chance quand même car il y avait dans mon bus un gars avec qui j'ai discuté et qui tient un hotel en ville. C'est un peu cher pour mon budget (18 US $/nuit) mais il veut bien me payer le taxi. Je me dis que ca fera bien l'affaire pour la première nuit, le temps de changer de l'argent, et puis avec ce temps pourri je n'ai pas envie de errer dans la ville avec mon sac, a la recherche d'un hypothétique bureau de change ouvert. Me voici donc partie avec Ruben, pour el "Ricon de Valparaiso", son petit hotel. C'était correct et cela faisait longtemps que je n'avais pas eu une chambre pour moi toute seule ! Mais c'est franchement au-dessus de mon budget habituel et l'ambiance est moins bonne que dans les auberges oú je vais d'habitude. Je change donc dès le lendemain matin pour une auberge de jeunesse moins chère et super jolie dans une vieille maison rénovée. Un grand groupe d'argentins vient tout juste de partir et je me retrouve toute seule dans un super grand dortoir, avec terrasse privative, la classe !

En me promenant dans la rue, une chose me saute aux yeux : il n'y a plus de "matés"  ! Eh oui, finit les termos et les bonbillas ! Nous sommes au Chili et ici ils ne sont pas accros !

J'ai rendez-vous dans la journée avec un couple qui vit a Viña del Mar (a 15 mn d'ici) et qui prépare aussi un tour du monde. Je les ai contactés via Internet. Le soleil est de retour, tout va bien !

Valparaiso est une ville pleine d'histoire et de légendes : Elle connut son heure de gloire au XIX eme siecle avant que s'ouvre le canal de Panama. C'était en effet à cette époque le seul port d'escale pour les Cap Horniers et les chasseurs de baleines. Valparaiso est une baie en forme de fer à cheval, idéale pour accoster. C'est a Valparaiso que l'on ramena Robin Crusoé de son île et aussi là que vécu le poète Pablo Neruda, fierte litteraire nationale. Pas mal non ?
La ville se divise en 2 parties bien distinctes : "el plano", la partie basse, et "los cerros", les quartiers batis en hauteur, sur les collines. La partie basse concentre les commerces, les banques, les restaurants et bien sur le port, qui voit arriver des portes-conteneurs du monde entier et les navires de la marine chilienne.
La partie haute de la ville est a mon sens la plus impressionnante : immense étendue de petites maisons du XIXeme siecle, modestes le plus souvent, en tole ou en bois, aux couleurs vives (rose, vert, bleu, violet !), agglutinées les unes sur les autres. On grimpe des cotes bien raides pour accéder a ces quartiers mais la vue sur la baie vaut la peine!


Certains riches marchands de l'epoque avaient fait construire des ascenseurs privatifs pres de leurs demeures, afin de s'épargner la grimpette. Lorsque Valparaiso fut classé au patrimoine de l'UNESCO, on les remis en etat et l'on trouve donc aujourd'hui a Valparaiso pres de 15 de ces ascenseurs en etat de marche. Ce sont de vrais antiquites ! La cabine qui descend fait contrepoids a celle qui monte, tirée par de vieux cables et la machinerie qui grince ... sentations garanties ! Franchement c'est super flippant ! Les chiliens les utilisent regulierement comme transport en commun et ils donnent un charme certains a la ville.

Un ascenseur :
Une autre particularité (a mon sens) de Valparaiso : les transports en commun, et notamment les "colectivos". Il s'agit de taxis collectifs qui suivent un itinéraire fixe , comme les bus. L'itinéraire est indiqué sur un panneau sur le toit et on peu les interpeller n'importe ou sur le trajet, meme s'ils ont déja des passagers. C'est la premiere fois que je vois ce type de transport. C'est moins cher qu'un taxi et plus rapide qu'un bus, malin...

Le trolley de Valparaiso :

J'ai rencontre Shannon et Cote (contact Couchsurfing) dans l'apres-midi et le contact est bien passe malgré la difference d'age (ils ont 22 et 23 ans). Elle est americaine et lui chilien. Ils se sont mariés et prévoient de partir faire un tour du monde dans 6 mois, alors bien sur on a des choses a se dire ... Ils me proposent de venir loger chez eux quelques jours avant de partir, me vantant la vue imprenable sur la baie depuis leur appartement, c'est tentant... Ok j'accepte, ce sera mon premier sejour chez l'habitant, ca peut etre sympa. On se donne donc RDV dans 2 jours.

J'ai passé les deux jours qui ont suivis a arpenter Valparaiso de long en large, a pieds. Cette ville a vraiment beaucoup de charme. J'ai sympathisé avec Evelyn, une uruguayenne qui loge dans la meme auberge que moi et on rigole bien ensemble.
Evelyn et moi en train de preparer des pates !

Un soir, je discute un long moment avec le gars de l'acceuil a l'auberge, il a environ 50 ans et m'explique son exil en Amerique Centrale pendant la dictature de Pinochet. Cela n'a pas l'air d'etre un sujet particulierement tabou, mais j'ai le sentiment que les chiliens sont en fait assez indifférents au sort du dictateur (qui vit encore au Chili). La revendication majeure semble porter sur les "disparus" de la dictature (des milliers de personnes, probablement jetées a la mer, ou enterrés en fosses communes), c'est tout.

Le dernier soir avant que je déménage chez Shannon et Cote, je suis alle faire la bringue en ville avec Evelyn (uruguayenne) un americain, une bresilienne et une chilienne (c'est vraiment l'auberge espagnole !!). Nous sommes mercredi soir mais la boite est pleine et se remplie vers minuit et demi pas avant. A notre plus grande surprise la chilienne nous a emmenés dans une boite gay ! En fait elle nous explique que c'est la seule ou il y a de l'ambiance le mercredi soir... Du coup il y a aussi beaucoup d'etudiants non-gays et on ne se sent pas mal a l'aise, mais c'est marrant comme ambiance, en tout cas c'est une premiere pour moi ! . Vers 3 heures du matin coupure generale d'electricité dans la boite, plus de lumiere, plus de musique ! Bon, allez, tout le monde au lit !

Viña del Mar :

Aujourd'hui je quitte mon auberge pour aller a Viña del Mar chez Cote et Shannon.
Viña del mar est a 15 mn en minibus de Valparaiso mais c'est une ville tres différente : fini les petites maisons colorées et biscornues, Viña est une station balneaire moderne et assez huppée. Nous sommes au Chili, en plein sur une faille et les chiliens sont des habitués des tremblements de terre, on voit donc des panneaux indiquant les abris en cas de tsunamis un peu partout dans la ville ... Ca surprend au début !
Panneau d'alerte au tsunami :

L'appartement de Shannnon et Cote est superbe, tout neuf, au 6eme etage d'un immeuble sur une colline surplombant la ville. Depuis le salon, on a une vue incroyable sur toute la baie, c'est magnifique !
En plus j'ai une chambre et une salle de bain pour moi toute seule, le grand luxe !

Shannon et Cote dans leur appartement :

Shannon et Cote préparent eux aussi leur tour du monde et comptent partir en mars 2006. Nous échangeons quelques tuyaux sur le Voyage pendant qu'ils m'emmenent visiter la ville. Ce soir , Cote va nous preparer des "completos", specialité d'ici : un hot dog avec de la tomate et de l'avocat. C'est facile et tres bon ! Nous dégustons un Pisco Sour sur la terrasse (les chiliens et les peruviens se disputent la paternite de ce cocktail !), les lumieres de la ville scintillent a nos pieds, c'est superbe.

Vue depuis la terrasse (excusez du peu !)

Dans 2 jours je pars a Cuba voir une amie puis ensuite Mexique et Guatemala. Sachant qu'il n'y a pas d'acces internet a Cuba, j'essaie de me renseigner un maximum sur les dégats de l'ouragan Stan qui vient de balayer l'Amerique Centrale. Apparement les dégats sont enormes et il y a eu beaucoup de morts dans les 2 pays ou je vais aller. Coulées de boues, inondations, routes coupées, je ne sais pas si je vais pouvoir maintenir mon itinéraire initial... J'ai envoyé des messages a des "couchsurfers" vivant las-bas pour connaitre un peu la situation sur place... en fonction de leurs réponses je deciderai de ce que je fais.

Je pars faire un peu de shopping pour ma copine Liset a Cuba. Notamment un maillot de bain qu'elle m'a commandé, des bougies et quelques bricoles pour filles. Il n'y a rien a Cuba (embargo) et je sais que ces "petits riens" seront conservés comme des reliques la-bas.

Pour ma derniere soirée avec mes hotes, j'ai sorti une petite boite de fois gras "bien de chez nous" et acheté un bon vin blanc. Bon, je crois qu'ils n'ont pas trouvé le fois gras extraordinaire, meme si ils m'ont dit que c'était tres bon ! Pour eux c' est un peu comme du paté (sic !). Mais lorsque Cote m'a demandé le prix d'une boite de fois gras et que je lui ai repondu, il s'est tout de suite resservi !
Nous avons passé une soirée tranquille, ils ont telechargé ma musique francaise sur leur I.Pod, j'ai profité de leur ordi pour graver mes photos sur CD , échange de bons procédés !

Aujourd'hui samedi 8 octobre, ma derniere journée en Amerique du Sud. Je dis au-revoir a Shannon et Cote en esperant pouvoir les accueillir a mon tour l'année prochaine .
Je monte dans un bus et 2 heures plus tard, me voici a Santiago du Chili , la capitale.
Le temps de me poser dans une nouvelle auberge et je tombe sur ma copine Evelyn ! Nous partons visiter la ville ensemble. Santiago n'est pas une ville fantastique je dois dire, mais il faisait beau et nous avons apprécié de prendre le funiculaire pour la vue sur les montagnes enneigées au loin.
Je déguste ma derniere empanada car je sais qu'a partir de demain, c'est régime cubain : riz, poulet, haricots a tout les repas !!

Ce soir c'est couvre feu, je me couche tot car je dois me lever a 5h30 du matin demain pour me rendre a l'aeroport. Pour simplifier le tout, il y a un changement d'heure cette nuit ! J'ai intéret a penser a changer l'heure de mon réveil !
J'espere que tout se passera bien avec les douaniers cubains demain, car bien sur je n'ai pas d'hotel reservé et les autorités cubaines n'aiment pas trop les voyageurs comme moi "sans domicile fixe", peu tracables et peu rentables... Liset m'a donné le nom d'un hotel bidon, ca devrait faire l'affaire.

Note de derniere minute : en ecrivant ces lignes, j'ai completement oublie d'aller chercher mon linge a la laverie. Lorsque je m'en suis apercue (21h30) j'ai couru mais il etait bien sur trop tard, laverie ferme ! Panique a bord : je pars demain matin a 6h du mat et il me manque un pantalon, mes sous-vetements, ma polaire et 2 tee-shirts ! Je me renseigne aupres du voisinage : le personnel de la laverie n'habite pas dans les parages, rien a faire. La galere...
Evelyn se propose d'aller me les chercher le lundi qui suit mais pour me le envoyer a quelle adresse ? Cuba ? Mexique ?
J'ai bien cru que je ne reverrai pas mes affaires, mais par miracle un numero de portable figurait sur mon ticket de laverie. L'hotel a appele pour moi et, 2eme miracle de la soiree, ils sont venus re-ouvrir la laverie pour moi ! Franchement je n'en croyais pas mes oreilles ! Quel coup de bol ! Je vais tacher d'etre un peu moins etourdie sinon je vais finir en slip avec mon sac !

Je vous donne rendez-vous dans une quinzaine de jours au Mexique. He oui, il n'y a pas de connections internet a Cuba donc mise a jour du blog plus tardive !

Encore une fois, merci de me suivre, toujours plus nombreux (record battu en septembre : 3200 connections !), j'ai beaucoup de plaisir a faire ce journal alors j'espere que vous en avez aussi a le lire.

A tres bientot !

Pascale